Colloque Igas : intervention de l’Unaf à une table-ronde : « le développement de l’enfant d’abord : une évidence ? »
Le 4 décembre 2024, la Présidente de l’Unaf, Marie-Andrée Blanc, est intervenue au Colloque annuel de l’Igas sur la petite enfance « Petite enfance : Pourquoi et comment ? », à la table ronde « le développement de l’enfant d’abord : une évidence ? ».
Le 4 décembre 2024, la Présidente de l’Unaf, Marie-Andrée Blanc, est intervenue au Colloque annuel de l’Igas sur la petite enfance « Petite enfance : Pourquoi et comment ? », à la table ronde « le développement de l’enfant d’abord : une évidence ? » aux côtés de :
• Pre. Marie-Rose Moro, Professeure Université de Paris Cité, PCPP, Inserm, Cheffe de service, Maison de Solenn, AP-HP, HUPC, Hôpital Cochin
• Sylviane Giampino Présidente du Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge (HCFEA)
• Héloïse Junier, Docteure en psychologie de l’université de Paris, spécialiste du jeune enfant, formatrice pour les professionnels de la petite enfance.
3 idées fortes ont été développées par Marie-Andrée Blanc :
Trouver un mode d’accueil abordable pour les enfants est une priorité VITALE
Il faut trouver une place, car sans mode d’accueil, les parents doivent cesser de travailler. Il y a un risque de pauvreté associé. Selon l’Insee : pour les enfants de moins de 3 ans le risque de pauvreté est multiplié par 7,5 pour les familles où un seul des parents travaille. Le taux de pauvreté pour les enfants de moins de 3 ans est de 3,6% quand les deux parents travaillent, 27% quand un seul travaille, 75% quand aucun des parents ne travaille. Or, un épisode de pauvreté dans la petite enfance a un effet prouvé néfaste sur leur santé et développement.
L’accueil du jeune enfant, c’est donc d’abord un moyen d’éviter la pauvreté …
C’est aussi ce qui justifie les politiques « d’aller vers » les familles qui ne travaillent pas pour leur proposer un mode d’accueil pour que les parents puissent à nouveau envisager une période de formation, ou une reprise d’emploi.
Trouver une place à un coût abordable
La hausse générale du barème de participation des parents entre 2019 et 2022, en sus de l’inflation, ainsi que plusieurs déplafonnements successifs ont entraîné, pour les parents, des hausses du coût de l’accueil de leur enfant en crèche. Le nouveau déplafonnement qui vient d’être décidé, provoquera pour certains parents une augmentation cumulée de 48 % depuis 2018 ! Par ailleurs, le reste à charge pour les parents recourant à une assistante maternelle a aussi augmenté. Le taux horaire moyen des assistantes maternelles ne cesse de progresser alors que les aides se sont érodées : il faut désormais être à la limite du seuil de pauvreté pour avoir accès au Complément Mode de Garde (CMG) intégral.
Pour faire garder son enfant en crèche, un couple proche du niveau de vie médian (revenu de 1,5 Smic par parent pour un couple avec un enfant) devait dépenser, en euros constants, 342 € de plus en 2022 par rapport à 2010 : une perte nette équivalente à un mois de garde ! Pour le faire garder par une assistante maternelle, le surcout atteint 640 € annuel.
La situation de la France en termes de coût de l’accueil ne cesse de se dégrader comme le montrent plusieurs indicateurs. L’OCDE classe ainsi la France 20e sur 27 en 2022 en termes de coût de l’accueil dans le budget d’un couple dont chacun gagne le salaire moyen. La France était 12ème en 2008 !
Le coût de l’accueil d’un jeune enfant a aussi un impact :
• Sur le comportement des parents vis-à-vis de l’emploi : Lorsque le coût est trop élevé, les parents réduisent leur recours aux dispositifs de garde, notamment en diminuant leur propre temps de travail. Cela est très défavorable à l’emploi féminin, les mères ayant souvent un salaire inférieur à celui du père.
• Sur le projet familial. Autre conséquence négative, les parents décalent des naissances, voire y renoncent par crainte du coût de l’accueil de leur enfant. Cette logique comptable est d’autant plus injustifiée que le fonds de la Cnaf pour la Petite Enfance est largement sous-consommé.
La convention d’objectifs et de gestion Etat-Cnaf prévoit un financement de 1,55 Md€ supplémentaires en faveur de l’accueil du jeune enfant à horizon 2027. Or, le fonds destiné au financement des modes d’accueil du jeune enfant présente déjà en 2023 une sous consommation de 400M€, dont 300M€ ont été ponctionnés par l’Etat. Faire contribuer encore davantage les parents n’est donc pas nécessaire.
La crèche oui, mais la garde par les parents avant un an est préférable, et l’accueil individuel a aussi ses avantages
Pour l’Unaf, la crèche ne convient pas particulièrement aux enfants de moins d’un an.
Jacqueline Wendland Professeur en Psychopathologie de la Petite Enfance et de la Parentalité, spécialiste du développement du bébé, des interactions parents-enfant et de la parentalité, à l’Université Descartes, qui était dans la commission des experts 1000 jours, considère que la première année, par exemple, la crèche peut être sans aucun intérêt pour l’enfant : « A part le cas où la crèche va compenser une stimulation défaillante de la part de la famille, l’enfant tout au moins pendant la première année n’a pas besoin de cette socialisation en crèche ». Jacqueline Wendland
L’Unaf milite pour une première année de congé parental mieux rémunéré, comme l’a demandé le rapport des experts des 1000 premiers jours, pour que l’enfant puisse rester avec ses parents. Vers 2, 3 ans, il est plus évident que l’éveil, la pédagogie peuvent être plus bénéfique.
L’accueil collectif a tendance à être survalorisé. Ceci au détriment de l’accueil individuel. A titre d’exemple : Une étude récente de chercheurs de l’INED, Berger et Panico à partir de la cohorte ELFE : l’impact positif de la crèche pour le langage est fortement mis en avant (par exemple lors du colloque Premiers pas Cnaf France Stratégie) mais l’impact négatif sur le comportement est plus rarement présenté : « Dans l’ensemble, nous constatons que, par rapport à tous les autres types de structures de garde précoce, la fréquentation de la crèche à l’âge de 1 an est associée à des gains relativement importants en compétences linguistiques, mais aussi à une augmentation des problèmes de comportement à l’âge de 2 ans. » (Le langage a été évalué en termes de nombre de mots sur 100 présentés aux parents, et le comportement concerne la résistance de l’enfant à ce qu’on lui suggère, le fait de défier ou frapper la personne qui s’occupe de lui ou de détruire les choses quand il est en colère).
L’accueil par les assistantes maternelles a l’avantage qu’il y ait moins d’enfants pour un professionnel. Il n’a jamais été vraiment évalué en termes de langage, de comportement… Mais on sait que le ratio conseillé au niveau international est de 1 /3 pour les enfants avant deux ans, et de 1 /5 maximum pour les enfants de 2 à 3 ans, dans des groupes de 8 enfants maximum. Or, en France, et en crèches, les ratios en rigueur sont de 1 /5 pour les enfants avant l’âge de marcher et de 1 /8 ensuite. Les ratios des modes d’accueil individuels (1 /4 maximum) apparaissent à ce titre, plus favorables.
L’Unaf souhaite donc que le ratio d’encadrement soit amélioré dans les crèches. 1 adulte pour 5 enfants. La crèche familiale est aussi une bonne solution puisque cela permet de mixter accueil collectif et accueil individuel. Elle a d’autres avantages aussi : parents qui ne sont pas employeurs, suivi des assistantes maternelles… Il convient de les développer. Des pistes ont été évoquées au comité de filière comme le salaire proposé aux assistantes maternelles qui n’est pas suffisant. Une réflexion doit être menée sur ce sujet.
Selon le baromètre de la Cnaf : « Les attentes des familles désirant confier leur enfant à un mode d’accueil formel portent prioritairement sur le fait que leur enfant soit « sécurisé dans un cadre affectif ». … Ces éléments laissent à penser que les familles confiant leur enfant à un mode d’accueil formel nourrissent des attentes plus fortes concernant un cadre d’accueil sécurisant (affection, professionnalisme) plutôt que ses finalités éducatives (socialisation, éveil, comportement) ».
Il est normal que les parents mettent l’accent sur la sécurité et l’affectif. Car l’enfant est vulnérable, fragile. Il doit d’abord être en sécurité, bien nourri, bien reposé, et aimé. C’est ce qu’ils veulent eux aussi lui donner en priorité. Mais en parallèle : ils ne sont pas du tout indifférents aux progrès que font les enfants. Ils peuvent même être inquiets d’un retard de développement. Les parents ne savent pas forcément ce qu’il se passe en crèche. L’Unaf pense que les parents ne sont pas forcément conscients de la stimulation des enfants qui a lieu en crèche, mais qu’ils y sont favorables.
Quelles sont les attentes des parents vis-à-vis des modes d’accueil ?
Selon le baromètre de la Cnaf : « Les attentes des familles désirant confier leur enfant à un mode d’accueil formel portent prioritairement sur le fait que leur enfant soit « sécurisé dans un cadre affectif ». …
Ces éléments laissent à penser que les familles confiant leur enfant à un mode d’accueil formel nourrissent des attentes plus fortes concernant :
– un cadre d’accueil sécurisant (affection, professionnalisme)
– que ses finalités éducatives (socialisation, éveil, comportement) »
Il est normal que les parents mettent l’accent sur la sécurité et l’affectif. Car l’enfant est vulnérable, fragile. Il doit d’abord être en sécurité, bien nourri, bien reposé, et aimé. C’est ce qu’ils veulent eux aussi lui donner en priorité. Mais en parallèle : ils ne sont pas du tout indifférents aux progrès que font les enfants. Ils peuvent même être inquiets d’un retard de développement. Mais les parents ne savent pas forcément ce qu’il se passe en crèche. Nous pensons que les parents ne sont pas forcément conscients de la stimulation des enfants qui a lieu en crèche, mais qu’ils y sont favorables.
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