Mission d’information au Sénat : un hiver démographique ?
Le 25 février 2026, la Commission des affaires sociales du Sénat a poursuivi ses auditions dans le cadre d’une mission d’information intitulée « un hiver démographique ? » Les sénateurs, dans ce cadre, ont entendu Mme Pauline Rossi, économiste et professeure à l'école Polytechnique, et M. Maxime Sbaihi, économiste et expert associé à l'Institut Montaigne, afin d'évoquer les effets économiques de la baisse de la natalité. En ligne, quelques morceaux choisis de ces auditions.
Maxime Sbaihi : « En conclusion, si la politique publique ne peut pas tout et n’a pas vocation à entrer dans les chambres à coucher, elle dispose d’une légitimité pour faciliter la réalisation du désir d’enfant, lorsqu’il existe. La politique publique n’est pas en mesure d’inverser la tendance, mais elle peut contribuer à enrayer la chute des naissances afin d’éviter que nous ne tombions, comme certains de nos voisins, dans le funeste piège de la basse fécondité.
Nous pouvons éviter ce piège, et même espérer un mini-rebond des naissances au cours des prochaines décennies, car le nombre de femmes en âge de procréer recommence à augmenter tout doucement. Si l’indice conjoncturel de fécondité cesse de baisser, les naissances augmenteront en conséquence de manière temporaire. Cette opportunité ne nous permettra pas d’inverser la tendance à la dénatalité ; elle pourra au moins en ralentir le rythme et amortir ainsi certains de ses effets néfastes. »
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« Le Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge (HCFEA) indiquait en mars 2025 que 83 % des 20-35 ans en France ont ou souhaitent avoir des enfants. La Fondapol relevait également que 70 % des moins de 35 ans sans enfant en désirent, et que 75 % de ceux qui en ont déjà souhaitent agrandir leur famille. Les travaux de l’Union nationale des associations familiales (Unaf) montrent que le nombre idéal d’enfants personnellement souhaité est passé de 2,39 en 2011 à 2,27 en 2023. Enfin, l’Ined observe un recul de l’idéal familial – parfois confondu avec l’indicateur précédent – de 2,7 enfants en moyenne en 1998 à 2,3 en 2024, ainsi qu’une hausse de la part de ceux qui ne souhaitent pas d’enfant, de 6 % à 12 % entre 2005 et 2024.
Le désir d’enfant en France reste donc extrêmement majoritaire. Il s’érode légèrement – l’idéal restant autour de 2 enfants par famille -, mais beaucoup moins vite que les naissances, en baisse de 25 % en quinze ans. Ce décalage interpelle et s’explique par plusieurs facteurs. »
Pauline Rossi : « Un autre enjeu important concerne l’écart entre le nombre d’enfants désirés et le nombre d’enfants réalisés. Cette statistique, largement reprise dans les médias, montre que les aspirations demeurent supérieures aux naissances observées. Cet écart suggère l’existence d’une marge d’action pour les politiques publiques afin d’en réduire l’ampleur. Cette perspective doit toutefois être nuancée : comme l’a dit Maxime Sbaihi, l’État ne peut pas tout et les politiques familiales exercent généralement un effet quantitatif limité sur la natalité, même si certaines pistes d’action peuvent être explorées. »
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